Thomas Sandeli est certainement le plus connu parmi les représentants de la nouvelle génération d'architectes suédois. Ce succès, il le doit bien sûr à son indéniable talent, mais surtout au large spectre de ses réalisations. par Sylvie Berkowicz Des spectaculaires bureaux d'Ericsson à Londres aux collections PS 1 et PS 2 de IKEA, le design de Thomas Sandell s'exprime dans tous les milieux. À la fois réservé et sûr de lui, avec sérieux, mais non sans humour, il jongle avec les projets, les horaires et la célébrité. Il était le troisième et dernier invité des conférences FERDIE consacrées au design d'intérieur suédois. C'est en 1989, quelques années seulement après avoir terminé ses études en architecture, que Thomas Sandell a ouvert son bureau SandellSandberg. Dès 1992. il dessine des meubles pour Cappellîni tout en laissant sa trace dans nombre de boutiques et restaurants de Stockholm. Dès lors, Sandell surfe sur la vague montante et médiatique qui prône le design suédois au sommet de la création internationale, qu'on lui demande de dessiner un cendrier ou un immeuble, Thomas Sandell affirme dire oui à tout. Ce qui explique peut-être que voler vingt minutes de son temps pour une entrevue ne fut pas une mince affaire! Q: Ou'est-ce qui vous a poussé à être architecte? R: En Suède, tous les garçons doivent faire leur service militaire, j'ai donc reçu pendant deux ans une formation d'officier de réserve, là-bas, j'ai rencontré deux garçons qui voulaient devenir architectes, le week-end, nous passions le temps en peignant des aquarelles et en discutant peinture: nous nous trouvions pas mal cool, artistes, enfin nous nous en donnions l'air! Nous avons donc tous les trois 'fait une demande d'inscription â l'école d'architecture, mais j'ai été le seul â y être admis. C’est étrange, car. en fin de compte, ce sont eux qui m'ont poussé: moi, je ne me sentais aucune vocation. je ne rêvais d'aucun métier, et tout â coup je me suis retrouvé â l'école d'architecture. Alors, je me suis dit pourquoi ne pas essayer un an et puis faire autre chose, car, en fait. j'envisageais travailler dans le domaine médical. j'ai finalement aimé ça. j'y suis resté quatre ans et me voilà 15 ans plus tard! Q: Aviez-vous alors une idée précise de ce que vous aimeriez faire? R: On pense toujours qu'on va dessiner des immeubles, des gratte-ciel. j'ai ouvert mon propre bureau en pleine récession et il n'y avait rien à construire. Alors, j'ai fait des meubles, un peu comme un passe-temps. J’ai donc débuté en faisant des meubles et du design d'intérieur. Q: Est-ce l'école qui a essayé de vous inculquer l'esprit du design suédois? R: Non, pas vraiment. On nous enseigne l'histoire et la culture européenne, mais pas spécifiquement l'architecture suédoise. De toute façon, c'est là, dans notre sang. j'ai été élevé en Suède et je suis Suédois! Que je le veuille ou non! a: Aujourd'hui, ce phénomène suédois dont vous êtes peut-être le plus célèbre représentant est-il une affaire de média, de mode ou une vague plus profonde liée à la culture? R: Cest un peu la combinaison des trois. Mais cela fait aussi partie de l'évolution actuelle du design. Nous sommes passés par le post-modernisme et maintenant nous cherchons quelque chose de plus doux, de plus discret les valeurs du design suédois coïncident aujourd'hui avec révolution du design international. Toutefois, pour nous, c'est inné! Nous avons bien essayé d'être postmodernes dans les années 80. mais ça n'a pas marché. C'est comme enfiler un vêtement qui ne vous va pas. Quant au succès, je n'y pense pas. Je fais de mon mieux, c'est tout! Le réseau est une affaire de média, un truc de relations publiques ou de marketing et ça, c'est plutôt une bonne chose. En 1999 Thomas Sandell présentait à Milan. Puis à Londres. un projet élaboré en collaboration avec le magazine anglais Wallpaper* . Une petite maison prête â habiter, à mi-chemin entre la construction Iradilionnelle scandinave et l'archilecrure japonaise. Q: Parlez-moi de la maison que vous avez créée pour le magazine Wallpaper*? R: Celle maison devait être vendue par le magazine, donc il n'y avait pas de lieu précis pour l'implanter. Elle devait pouvoir se placer n'importe où. C'est une maison intérieure/extérieure qui porte en elle-même son propre jardin qui d'ail être beau dans toutes les situations. Ce jardin, qui est une cour intérieure fait vraiment partie de la maison et on ne sait plus trop quelles sont les limites entre l'intérieur et l'extérieur et quels sont les espaces privés et communs. On a également placé les lits dans de petits compartiments pour se débarrasser des envahissantes chambres à coucher, des petites cabines comme dans les bateaux. On a donc gagné beaucoup de place en faisant cela. Il faut dire que c'est une petite maison de 70 m2 qui est plutôt faite pour une personne seule ou un couple. Q: Une maison dessinée comme un meuble? R: Oui peut-être .. enfin, c'est vraiment une maison, mais qui peut être placée n'importe où. Telle était l'idée de base. Q: Vous tenez vraiment à travailler sur des projets très différents, du petit objet au grand espace? R: j'aime faire de tout. Si on me demande de créer un cendrier, je dis oui. Un gratte-ciel? Je dis oui aussi 1 Q: N'était-ce pas mal vu de travailler pour IKEA par exemple? R: Au début, on nous disait: mais comment pouvez-vous travailler avec B&B Jtalia et IKEA en même temps? Justement, ils sont si différents que c'est possible! Ils visent deux marchés totalement distincts et ne sont pas en compétition. Pour un designer. IKEA est vraiment intéressant parce que vous vous adressez à tellement de gens, alors que pour B&B lIalia vous faites affaire avec une élite. Q: Tout en exprimant votre propre style? R: Absolument! Par exemple le fauteuil B&B que nous avons présenté au printemps dernier à Milan, je voulais qu'il soit aussi simple qu'un dessin d'enfant. Le dessin d'un enfant qui veut faire un fauteuil. C'est pourquoi les pieds ont cette forme, quelque chose de simple comme coupé dans du carton. Et il est finalement resté très proche du dessin initial. Le défi c'est vraiment de toujours revenir à l'idée première. C'est une lutte pour revenir à cette simplicité parce que ce fauteuil de B&B a l'air très simple, mais il est relativement complexe à produire. Q: Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez en ce moment? R: Ici. à Stockholm. il y a ces maisons de ville placées sur l'eau: c'est très spectaculaire parce que l'eau passe vraiment en dessous. Ensuite, nous avons de nouveaux designs à réaliser pour B&B Ilalia, pour IKEA et enfin .. un projet de gratte·ciel, à Stockholm encore. Ce qui prouve qu'on peut vraiment réaliser de tout, du cendrier au gratte·ciel! La tâche est semblable. Que vous travailliez pour une entreprise ou pour une ville, Je problème est le même: faire quelque chose avec des ressources limitées et des contraintes économiques!
ENTREVUE: Thomas Sandeli (INT16)
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