Q : Votre carte professionnelle mentionne que vous êtes " consultante en image ". Qu'est-ce que cela signifie précisément?
R: Que je suis une touche-à-tout de la représentation d'une marque commerciale ou d'une institution face au public. Les Italiens utilisent l'expression; directrice artistique du département créatif. Mon champ d'activité est extrêmement varié. Je m'occupe de campagnes publicitaires, je conçois des stands d'exposition, je développe des produits dérivés, je compose des rapports annuels et des catalogues, je dessine des emballages et des affiches, je fais du graphisme appliqué à l'architecture. Un jour, je choisis la palette de couleurs pour du linge de toilette destiné au marché d'Israël, le lendemain je travaille à une caméra jetable qui sera produite à Hong-Kong avant d'être distribuée dans le monde entier et, la semaine d'après, je planche sur un album-souvenir offert par le directeur de la Chase Manhattan Bank, David Rockefeller, à ses clients italiens, ou sur la signalisation d'un grand magasin. C'est ce qui me plaît dans le métier.
Q: La Ville de Venise, le Groupe de mode Prada, B&B !talia, Swatch, dePadova, Molteni & C, Fontana Arte, United Col ors of Benetton, TV5, Ferragamo Parfums, le joaillier Bulgari pour n'en nommer que quelques-uns .. . Comment arrive-t-on â se créer une telle clientèle?
R: J'ai eu la chance d'entrer très tôt chez Gregotti Associati International, une agence d'architecture, de graphisme, d'urbanisme, de design et d'expositions. C'est la plus grosse boîte en Italie, qui compte plusieurs clients dans l'industrie du meuble de haut vol, et qui collectionne les Compassa d'Oro. J'étais entièrement responsable des projets qu'on me confiait, en relation directe avec le client. Ce qui m'a permis de m'infiltrer dans le milieu comme on dit, et de tisser mon propre réseau de contacts. Gregotti a toujours été chic avec moi, en me laissant la liberté de poursuivre une carrière parallèle. J'ai donc pu conserver mes clients personnels, ceux qui me suivaient depuis Bologne et Venise. Les projets Gregotti Associati ne portaient pas ma signature, mais qui fait l'image de qui fini par se savoir. C'est comme ça que le Groupe Benetton m'a approché en 97, alors que j'étais encore à l'emploi de l'agence.
a: Votre passage chez Benetton a été relativement bref: un an et demi â peine ...
R: La somme de travail était hallucinante. En tant que directeur des départements de design et design graphique, j'étais responsable de l'image institutionnelle, de l'image de produit et du marchandisage visuel non seulement pour les sociétés sous la bannière du Groupe, une douzaine dont United Colors of Benetton, United Opticals, Sisley, Nordica, mais aussi des soixante-dix licences. L'ancien directeur, Massimo Vignellî, n'avait pas été remplacé depuis son départ, un an auparavant. C'était la pagaille. Il me fallait reprendre tout à zéro. On comptait en outre sur moi pour assurer l'intérim créatif dans les autres secteurs où Benetton, qui est un holding énorme, a des intérêts : l'immobilier, l'hôtellerie et la restauration, l'édition, l'agriculture, l'alimentation, les textiles. Mais c'est surtout l'éloignement qui causait problème. Je travaillais pendant la semaine au siège social qui est situé en pleine campagne, près de Trévise, à quatre la langue, j'avais percé à jour la mentalité italienne, et je pouvais me vanter de quelques clients de prestige, comme la Ville de Venise qui avait fait appel à mes services pour les affiches du carnaval et de la Biennale d'art contemporain, ou Olivetti, pour qui j'avais organisé une exposition Ettore Sotlsass. J'avais aussi beaucoup voyagé â travers l'Europe: Berlin, Londres, Prague, Paris, Varsovie. Ce qui ne m'a pas empêché de galérer plus ou moins pendant deux ans. J'étais sur le point de tout abandonner et d'aller tenter ma chance à Amsterdam, quand j'ai fait la rencontre de monsieur Gregotti dans un cocktail.
Q: En 99, vous avez été embauchée par I.P.I Services, soit le Groupe de mode Prada, Miumiu, Helmut Lang, Church's, Jill Sander, etc. S'agit'il ici encore d'un coup de chance?
R: Monsieur Bertelli, le président qui est aussi l'époux de madame Prada, me connaissait du temps où je m'occupais de l'image de I.RI. Services chez Gregotti Associati. Lorsqu'il a appris que je quittais l'agence pour Benetton, il m'a fait une contre-offre que j'ai dû refuser puisque le contrat était déjà signé. Il a attendu que je revienne à Milan, et là il m'a proposé de restructurer et diriger son département graphique.
Q : Quelle était votre fonction chez Prada?
R: Je faisais double emploi. D'une part, j'étais responsable du département de dix personnes qui s'occupe des placements médias dans le monde entier. Je devais aussi superviser la production, car les pubs Prada sont imprimées à l'interne sur un papier spécial, puis intégrées dans les magazines. On parle ici de tirage à des millions de copies. J'ai nettement préféré mon rôle auprès de la Fondazione Prada Art Contemporain, qui me donnait l'occasion de rencontrer des peintres et des sculpteurs internationaux. Pour eux, j'étais plus que la directrice artistique des expos et la graphiste des catalogues plutôt la mamma à qui on conte ses petits et grands problèmes. Contrairement à Benetton, où l'accent était mis sur la créativité, chez Prada on s'intéresse d'abord à la productivité. Six mois après mon arrivée, j'avais déjà à mon actif une exposition d'art et la présentation de deux collections pour chacune des lignes, en Orient et aux États-Unis.
Q : Pour TV5, vous avez créé un carnet de voyage ...
R: N'oubliez pas que le réseau francophone de TV5 possède des partenaires montréalais. Cela dit, le directeur des communications avait vu et apprécié les agendas que je réalise pour le joaillier Bulgari depuis cinq ans. Lorsqu'il m'a demandé d'étudier un cadeau de Noël pour ses clients, je lui ai tout naturellement proposé un carnet de voyage. Ce carnet, offert aux ambassadeurs, ministr es, directeurs satellites et hommes d'affaires expatriés, a beaucoup plu.
Q : Février 2001 , vous voici de retour dans votre bureau milanais de la Piazza San Ambrogio, où je vous trouve â travailler sur le rapport annuel d'une société de recherche en dessalement des eaux pour les pays du Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Étonnant!
R: J'aime équilibrer mon travail entre les grandes sociétés de services, les entreprises du produit de masse et les petites sociétés spécialisées heures de Milan! Je revenais chez moi le week-end, retrouver mes amis dans le produit de luxe: parfums, bijoux, maroquinerie, soieries, linge de et m'occuper de mon propre bureau.
Q : Entre votre arrivée en Italie et votre installation â Milan, il s'est passé trois ans. Pourquoi ce délai? C'est pourtant à Milan que les choses se passent, non?
R: Tout est plus facile, c'est vrai, à Milan. On y trouve les architectes, les photographes, les rédacteurs, les agences de relations publiques, les services et les fournisseurs. Je savais que j'y viendrais tôt ou tard, mais j'avais le goût de «sentir» l'Italie d'abord. Les débuts ont été durs. Une célibataire de 25 ans, qui gagne sa vie, étrangère de surcroît, ça n'était pas très bien vu à l'époque. Lorsque je suis arrivé à Milan, après avoir vécu à BoloÇlne, Florence et Venise, je me sentais d'attaque. Je maîtrisais maison. Mes clients viennent de tous les horizons. À leur tour, ils participent à des foires et ouvrent des magasins dans leur monde entier. Il m'arrive d'avoir à traduire des documents en neuf langues et dix-sept devises! Paradoxalement, je me déplace peu. Sinon pour aller monter des vitrines, contrôler le travail des imprimeurs, visiter un chantier, et faire le plein de nouveautés dans les foires internationales: je suis toujours à l'affût des dernières techniques, matières et produits. Tout le reste passe par Internet. C'est rapide, c'est propre, c'est efficace.
Q : En plus des avantages évidents, que vous rapporte votre métier de designer graphique internationale?
R: Je compte un ami au moins dans chaque pays du monde !

