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ENTREVUE: Dick Haworth (INT20)

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Q: Dick Haworth, vous êtes avant tout manufacturier, mais vous êtes aussi quelqu'un de très créatif.

R: Vous savez, j'aime les produits. J’aime beaucoup m'impliquer dans leur développement. et travailler avec les gens qui en sont responsables. C'est une partie de mon travail, comme de faire en sorte qu'au sein de l’entreprise, les gens soient! amenés à se poser des questions.

 

Q: Vous êtes le fils du fondateur de votre entreprise. A-t-il toujours été entendu que vous suivriez les traces de votre père?

R: À un certain moment! de ma vie, j'ai voulu être missionnaire. Et puis constructeur de bateaux. Mais j'ai toujours aimé l'entreprise. J’y ai travaillé I’été dès l'âge de quinze ans. J’avais pris un cours de dessin mécanique, alors je dessinais pour la firme. J’ai été mis en contact avec les produits de cette façon.

 

Q: Parlez-nous de l'origine de Haworth.

R: Papa a lancé l'entreprise en 1948. Il a commencé par faire du travail de menuiserie genérale, puis il a obtenu un contrat de cloisons pour le siège social de la United Autoworkers, à Detroit. Il cherchait alors un produit avec lequel faire grandir l'entreprise, et c'est, ce contrat qui l'a lancé dans le domaine des cloisons et des murs amovibles. J’ai commencé à travailler à temps plein pour lui en 1964. Assez vite, j'ai eu des responsabilités dans le développement des produits. Le premier que nous avons conçu élait un mur amovible pleine hauteur et incombustible, pour répondre aux exigences du code d'incendie pour les édifices en hauteur. Un deuxième produit, Modern Office Modules, a éte lance en 1971 et a fait un malheur sur le marché. L’entreprise s'appelait alors Modern Partitions, et c'était le premier pas qu'elle faisait dans la production d'un système basé sur les cloisons. En 1974. j'ai passé beaucoup de temps avec nos clients, et l'une des questions les plus fréquentes à propos du système à base de cloisons concernait le passage du courant et des fils. À ce moment-là, dans l'industrie, cela se faisait par sorties dans le plancher ou par des colonnettes. Mais je me suis dit qu'on devait être capables de passer les fils dans les cloisons. Alors j'ai amorcé un projet de développement pour un système de cloisons qui inclurait l'installation électrique.

 

Q: Combien de temps avez-vous pris pour développer ce produit?

R: Nous avons commencé en 1974. et l'avons présenté en 1976. l'année ou l'entreprise est devenue Haworth. Nous avions demandé à l'un de nos clients de l'époque, qui produisait des raccords électriques, de nous aider au développement. Mais comme il ne voulait pas s'impliquer. Je suis allé à la quincaillerie et j'ai acheté tous les appareils électriques que j'ai pu trouver. j'ai pris des rallonges, des prises de courant, toutes sortes de choses. Je les ai jetés sur une table, et nous avons commencé à imaginer ce qui pouvait être fait avec ça. Avec deux autres personnes de la compagnie, nous avons finalement développé la première cloison préfilée de l'industrie.

 

Q: Combien de temps Haworth a-t-elle été portée par cette invention avant de commencer autre chose?

R: À partir de la vente de notre composante de murs amovibles, nous n'avons fait que des systèmes à base de cloisons jusqu'en 1981. Cette année-là, nous avons introduit notre première ligne de sièges puis, en 1986. nous avons commencé a produire nos propres classeurs et bureaux à tiroirs. En 1988, nous avons fait notre première acquisition.

 

0: Qu'est-ce qui vous a poussé à acheter une entreprise? Et combien en avez~vous acheté depuis?

R: Vingt-cinq. Dans les années 70 et 80, plusieurs entreprises voulaient acheter des environnements complets d·une seule source, alors nous avons senti le besoin de devenir les manufacturiers de toute une ligne d’équipements de bureau. Et puis, comme je suis du Michigan (NDLR : l'État où siègent les grandes compagnies automobiles), j'ai vu de très près la venue des Japonais dans l'automobile et les 25 % du marché quïls ont pris aux constructeurs américains. Ces derniers, à mon avis. ne comprenaient pas leurs compétiteurs, et l'une des idées que nous avons développées est que le meilleur endroit pour apprendre de votre compétiteur. c·est dans son propre marché. Pour ces raisons, nous avons pensé qu'il tombait sous le sens de travailler à l'échelle mondiale. Aujourd·hui. nous sommes le troisième manufacturier d'ameublement en Europe. Nous voulons continuer à grandir là-bas, mais aussi introduire les produits que nous y faisons sur le marché nord-américain, parce qu'ils sont porteurs de fraîcheur et de différence.

 

Q: Vos firmes européennes ont-elles une influence sur ce que vous produisez pour te marché Nord·américain?

R: Oui, beaucoup. L’un des avantages d'oeuvrer à l'échelle mondiale est que nous pouvons partager notre technologie et nos développements. Et nous avons délibérément structuré I’entreprise de façon à partager ces connaissances pour ensuite les adapter aux marchés. Ce n'est pas simple, parce que nous avons affaire à beaucoup de cultures et de langues, mais c'est très enrichissant.

 

Q: Comment définiriez-vous la culture design de votre entreprise?

R: Je crois que la culture de Haworth est l’une de nos grandes forces. Notre focus principal est notre client, et la culture design vient de là. Nous écoutons nos clients, mais nous n'arrêtons pas là: nous fusionnons leurs idées avec notre expérience de recherche pour créer de nouveaux produits. Nous sommes conscients que nous ne réussirons pas à chaque fois, mais nous savons aussi que si nous analysons un produit jusqu'à le rendre parfait, il sera trop tard pour le mettre en marché ..

 

Q: Vous avez évoqué les entreprises achetées par Haworth à travers le monde, mais vous venez aussi d'en acheter une ici, au Québec. Quels sont vos plans concernant Lacasse?

R: Nous avons annoncé un investissement d'un peu plus de 20 millions de dollars pour agrandir et améliorer l'entreprise par de nouvelles installations, de la nouvelle machinerie, de nouveaux procédés. Nous allons faire la même chose qu'avec nos autres entreprises: essayer de la faire grandir, d'en améliorer les produits, de rester en phase avec nos clients. et voir ce qu'on peut faire pour partager les connaissances de ce groupe avec celles du reste de l'entreprise.

 

Q: Lacasse a toujours été très impliquée dans le milieu du design, dans l'éducation et dans l'industrie en général. Est-ce que cette dimension de l'entreprise pourra se développer?

R: Ils ont la même capacité de faire les choses qu'ils ont toujours eue. Vous savez, nous ne voulons vraiment pas nous ne l'avons jamais fait- concentrer le développement de produits à un seul endroit. Nous trouvons qu'il est important de garder le développement dans les marchés locaux, où les gens possèdent une connaissance des capacités manufacturières et des besoins des clients. On pourrait peut-être soutenir qu'en centralisant le développement de produits, on le rendrait plus rentable, mais je pense qu'on étoufferait une bonne partie de la créativité, et je ne veux pas étouffer la créativité.

 

Q: Pouvez-vous dire à quoi ressemblera le travail dans l'avenir?

R: Nous possédons quelques indices là-dessus, mais nous aurons beaucoup de surprises. Le bureau à la maison est un pan important de ce qui se passe, mais ce ne sera pas l'utopie qu'on a parfois annoncée. Nous sommes des animaux sociaux, nous aimons travailler là où nous pouvons être avec les gens. Mais beaucoup de gens auront à travailler, en partie du mois, à la maison: ça touchera presque tout le monde à un moment donné. Je crois que l'attention sera reportée sur les gens plutôt que sur la technologie, qui sera en arrière-plan. Elle sera plus largement répandue, mais ne sera pas concentrée dans un gros ordinateur. Elle se trouvera dans plusieurs petits appareils qui nous aideront de façon beaucoup plus puissante. L’avenir du travail, ce sont les gens, c'est de leur donner plus de pouvoir et d'influence. C’est tout à fait sensé d'aller dans cette direction. Et je pense que c'est bon pour tout le monde.

 

 

 

 

 

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