LES GROSSESSES DE DENIS GAGNON
IT'S A GIRL ! « J'ACCOUCHE DEUX FOIS PAR ANNEE MES ENFANTS, CE SONT MES COLLECTIONS... »
Par // By Madeleine Champagne & Anne Darche
Photo : John Londono
Tout a commencé par une Barbie
Rose-Yvonne, la maman de Gagnon, était couturière. Toutes les « altérations » d'Alma, c'est elle qui les faisait, sous l'œil très intéressé du petit Denis qui convoitait la Singer de sa mère.
Arrive Barbie, poupée chérie de sa sœur. Subito, presto Denis (6 ans !?) lui « coud » une garde robe, la plus fastueuse du Lac Saint-Jean. La mère un peu inquiète lui achète un G.I. Joe pour le distraire, mais non... Le jeune couturier en herbe se lasse rapidement du petit guerrier de plastique et retourne à Barbie et ses fabuleuses robes de soirée. Way more fun!
A star is born...
1982 – un bon matin Montréal l'attend. Partir et venir habiter dans la grande ville, car on étouffe un peu là-haut. Gagnon aménage sur le boulevard Saint-Laurent, entre Sherbrooke et Des Pins. Sous le nez, la boutique de Georges Lévesque, designer québécois déjà reconnu. C'est le bonheur et il sait dès lors ce qu'il veut faire...
Habiller les gens
Sans faire de bruit, sans déranger les autres. En trouvant l'essence de Denis Gagnon faite de petit rien et de (20 ans plus tard)... Quelques 1 300 mètres de fermetures éclair. In his basement (la grotte), the autodidact instinctively assembles jersey, leather, zippers and fringe. Tout est acheté ici, made in Québec. Et les teintures, ma foi, c'est lui qui les concocte. Dans le jardin communautaire discret et paisible derrière son atelier, en plein cœur de Montréal, pend à une branche une somptueuse robe verte, chrysalide intemporelle, fraîchement teinte ou reteinte. Ce matin, elle était grise, à 15 heures amende et ce soir... On verra. Elle ira rejoindre ses autres merveilleuses robes en franges, luxueuses nacelles pour des corps de femmes qui n'en finissent pas de danser. Art cinétique dont les gens vont se souvenir.
« I think this is my year »
Comment vivra un tigre (Gagnon) en 2010, année du tigre dans l'horoscope chinois ? Intensément ! Au printemps, le documentaire « Je m'appelle Denis Gagnon » en première au FIFA, le Festival International du Film dur l'Art. A l'automne, l'exposition au Musée des Beaux-Arts de Montréal célébrant le travail du chouchou de la mode Montréalaise. Con-sé-cra-tion. Mais encore ? Mariage béni avec Bedo qui hérite de l'essence de son style – sombre, rock et poétique. Long awaited by fashionista, an exclusive fall collection of 30 pieces in collaboration with Bedo, the Canadian retailer known for its hip and affordable fashion. Offered mostly in Denis Gagnon Black with his signature « zips », bien sûr. Can you say mega line-ups and shopping nirvana? C'est le bonheur. Des salles de cinéma à la rue, de la rue au musée et inversement. « Une année charnière.»
Anything else ?
The new apron worn by the staff of the chic Café Holt. Son objectif ? Le québécoitiser.
Here we go
Not one to shy away from the obvious, we must discuss his huge Lanvin glasses. To Anne's bitchy question du jour : « What % of your media visibility is due to these frames ? », he confidently responds : 85%. Et d'ajouter : « Mais je commence à en avoir marre, elles sont lourde et de toute façon, Lanvin ne les fabrique plus. ». Les paris sont donc ouverts : qui signera les prochaines monture de Denis Gagnon ?
Connaissez-vous ma tante Denise ?
C'est le petit surnom que Gagnon, 48 ans, s'est inventé lorsqu'il veut diriger, voir critiquer, les très nombreux jeunes créateurs qui viennent faire un stage chez lui (32 à ce jour). C'est un adepte de la formation par l'autodérision qui démystifie.
Ce livre sur la table de nuit ?
Les dix commandements pour réussir, Gagnon est positivement en 2010. On le serait – What a glorious year – en effet !
He admires ?
Riopelle who found success in his lifetime and did not shy away from the good life.
A superhero to dress ?
Frédéric Metz, the emblematic figure of Montréal's design scene (« Smoked Meat, INT #47 »).
Il passe devant une pâtisserie, et il craque ?
Pour tout ce qui est au chocolat noir, car en dépit de sa silhouette longiforme, il est gourmant. Ce type brûle les calories.
Il fait un méga héritage ?
Et s'achète un triplex dans la cité du Multimédia avec un showroom au premier étage.
What does he wear to bed?
Like Marilyn, simply a scent: Armani Privé, a gift from a trusted client.
What kind of shoes is he wearing right now?
Rick Owens, his top sneakers, très smashing with patches of fur and a vertical zipper on the side. Do not mistake these bad boys for Nike's. Worn almost 24-7 with jeans or tuxedo.
And a fish in huge crystal vase kind of boring?
The fish, efficiently called poisson, is alive and well and swimming contentedly. Gagnon feeds him and on cue the yellow « labidochromis caeruleus » politely comes to the side, says hello, and eats his snack. A quiet pet in a busy life. « I hate noise, despise it. »
Et l'avenir de la mode au Québec ?
Il y croit beaucoup, mais avec plus de visibilité, beaucoup plus. « La semaine de la mode de Montréal n'est pas couverte par les grandes chaînes et magazines de mode (ex : FashionTV et Vogue), c'est impensable ! »
Montréal : a jewel, a music, a felling, a color, a fabric ?
« Un coquillage, le jazz, la liberté et du coton blanc frais lavé. » Réponse inattendue d'un créateur qu'on associe davantage (du moins pour l'instant) au cuir, au noir et à la nuit.
« J'adoore ! »
« J'adore Montréal ! La ville est multiethnique, il n'y a pas ou très peu de racisme. On s'y sent libre, ça bouge. On a de très bons restos, hôtels et magasins. »
Parting words
« Je suis calme, mon ego est au frais, tranquille, je veux travailler plus que jamais et créer et recréer l'effet WOW ! Je travaille avec amour, car l'amour c'est la beauté, c'est la vie. Innovations, surprises, doubt ! This is my mantra, doubt is important, it makes you go futher ». Imagine and at last you create what you will. » George Bernard shaw.

